Crise en Haïti : le MSCH exige un changement de cap et propose cinq leviers de sortie
Selon le mouvement, relayé par Vant Bèf Info, les différentes transitions, accords politiques et mécanismes de dialogue engagés ces dernières années n'ont pas produit les résultats attendus.

Pour celles et ceux d'entre nous qui gèrent une petite entreprise à Port-au-Prince, la rentrée de septembre rime trop souvent avec une question devenue routine: combien coûte aujourd'hui l'acheminement d'un sac de riz depuis le marché en gros, lorsque la route est partiellement contrôlée par des groupes armés? C'est précisément cette réalité matérielle que le Mouvement de la société civile haïtienne (MSCH) a placée au cœur de sa communication du 11 septembre 2026. Selon le mouvement, relayé par Vant Bèf Info, les différentes transitions, accords politiques et mécanismes de dialogue engagés ces dernières années n'ont pas produit les résultats attendus.
Ce qui se joue sur le terrain
Le MSCH constate que la crise continue de s'aggraver, et ce diagnostic rejoint ce que beaucoup d'entrepreneurs observent chaque jour: extension de l'influence des groupes armés dans la zone métropolitaine, perturbation des activités économiques, dégradation des infrastructures essentielles. La Mission multinationale d'appui à la sécurité, elle, accumule les difficultés — financement incomplet, effectifs insuffisants, équipements manquants, déploiement ralenti. En clair, la trésorerie de la sécurité collective ne tient plus si les recettes promises n'arrivent pas.
Pour nous, praticiens du développement local, une chose est simple: aucune transition politique ne pourra tenir sans corridors commerciaux sécurisés, sans marchés publics protégés, sans axes de transport qui font vivre nos communes.
Les mesures proposées et ce qu'elles impliquent pour nous
Le mouvement présente cinq principales propositions, dont trois sont explicites dans son document:
- Une évaluation indépendante des mécanismes de transition depuis 2021 — objectifs fixés, résultats obtenus, ressources mobilisées, responsabilités engagées. Avant de relancer la machine, on inventorie d'abord ce qui a fonctionné et ce qui a coûté sans rapporter.
- Un nouveau dialogue national, plus inclusif et transparent, davantage orienté vers des résultats concrets, associant la société civile, le secteur privé, les organisations professionnelles, les collectivités territoriales, les organisations de femmes et de jeunes, les universités, les organisations paysannes et la diaspora.
- Faire de la sécurité une condition préalable à toute transition, articulant la Police nationale d'Haïti (PNH), les Forces armées d'Haïti (FAd'H) et les partenaires internationaux.
Le MSCH appelle par ailleurs à passer d'une logique de partage du pouvoir à une logique de reconstruction de l'État, et à préparer un processus électoral crédible. Cette exigence de résultats mesurables se retrouve, selon Le National, dans la proposition citoyenne de la Plateforme interreligieuse — De la crise institutionnelle à un pacte national — qui plaide pour un gouvernement de mission à mandat limité, doté d'objectifs précis et d'indicateurs publics.
Quand deux plateformes de nature différente portent des exigences aussi voisines sur la transparence et la durée du mandat, c'est un signal utile pour nous: la demande de rigueur monte, et elle ne viendra plus seulement de la rue.
Ce que nous pouvons faire dès maintenant
En tant qu'entrepreneurs, nous n'avons pas à attendre une feuille de route nationale pour renforcer notre propre résilience: sécuriser nos circuits courts d'approvisionnement, diversifier nos points de vente, documenter nos coûts logistiques réels, et nous organiser en collectifs locaux pour porter une parole commune dans les espaces de dialogue qui s'ouvrent. Car si Haïti doit apprendre à se gouverner elle-même, comme le suggère Le Nouvelliste dans un récent titre, elle commence à le faire chaque fois que ses opérateurs économiques refusent de subir la crise en silence.