Élections en Haïti : au-delà des profils, l'urgence d'un véritable projet de société
Le Mouvement de la Société Civile Haïtienne (MSCH) a rendu public, le 24 août 2026, un appel formel au gouvernement et au Conseil électoral provisoire (CEP) pour garantir un scrutin libre, transparent, inclusif et crédible.

Élections en Haïti: le test programmatique des candidats
Selon le mouvement, le vide institutionnel qui dure depuis plusieurs années prive les citoyens de leur droit élémentaire de choisir leurs représentants par les urnes. L'exigence intervient alors que le débat public, à l'approche du rendez-vous électoral, se polarise davantage sur les parcours individuels des candidats que sur la structure de leurs propositions. Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé est directement interpellé: la réussite du processus relève, aux yeux du MSCH, de la responsabilité de l'exécutif.
Les écarts structurels pointés par la société civile
Le MSCH identifie deux séries de déficits techniques qu'il impute à la chaîne institutionnelle chargée du scrutin. Premièrement, des inadéquations entre le décret électoral et le calendrier publié par le CEP — un décalage qui, en l'état, compromet la lisibilité du chronogramme. Deuxièmement, des écarts relevés dans le processus d'inscription des électeurs, sans correction desquels la participation et la légitimité des résultats demeureront fragilisées. Le mouvement invite en conséquence les autorités à procéder aux ajustements nécessaires avant l'ouverture effective de la campagne, et exhorte les citoyens à se faire inscrire pour exercer leur choix.
Le contenu programmatique comme angle mort
Parallèlement à cette exigence de crédibilité procédurale, Le Nouvelliste souligne, dans une analyse publiée le 26 août, que la question centrale adressée aux candidats demeure éludée: celle du plan de développement. Le parcours professionnel d'un postulant — qu'il soit juriste, médecin, économiste, diplomate ou entrepreneur — ne constitue pas, à lui seul, un programme de gouvernement. L'évaluation porte donc sur ce qu'il propose de faire, et non uniquement sur ce qu'il est. L'interrogation se prolonge mécaniquement vers le mécanisme de financement: combien coûteront les promesses, quelles recettes alimenteront le budget, quelles institutions exécuteront le programme, quels indicateurs mesureront les résultats. Tant que ces questions restent sans réponse chiffrée, les discours politiques demeurent faciles à tenir et difficiles à vérifier.
Ce qu'il convient de surveiller
Trois indicateurs permettront de mesurer, dans les semaines à venir, la solidité du dispositif. D'abord, la publication par le CEP d'un calendrier corrigé et conforme au décret électoral en vigueur. Ensuite, la mise en place de mécanismes correctifs sur l'inscription des électeurs, avec des chiffres de progression rendus publics. Enfin, l'apparition, chez les candidats déclarés, de plateformes chiffrées comportant des hypothèses de recettes, des échéances d'exécution et des cibles mesurables — en particulier sur les volets sécurité, fiscalité, production nationale et élargissement de l'assiette fiscale. Sans ces trois jalons, le scrutin risque de reproduire le schéma antérieur: une compétition de personnes davantage qu'une compétition d'idées.