Forces armées d'Haïti : les enjeux sécuritaires au cœur du forum de la Défense
C'est précisément cette réalité quotidienne qui se trouvait, vendredi 21 août, au cœur du forum de trois jours ouvert par le ministère de la Défense sur l'avenir des Forces armées d'Haïti, comme le rapporte Le National.

Pour un commerçant de la zone métropolitaine, un convoi de marchandises bloqué à un barrage improvisé, c'est du carburant brûlé, des denrées qui tournent et du temps de travail perdu. C'est précisément cette réalité quotidienne qui se trouvait, vendredi 21 août, au cœur du forum de trois jours ouvert par le ministère de la Défense sur l'avenir des Forces armées d'Haïti, comme le rapporte Le National. Pour nous, entrepreneurs et acteurs du marché local, ces assises ne sont pas un exercice académique: elles conditionnent la possibilité même de faire tourner nos entreprises.
Le prix quotidien de l'insécurité
Les intervenants de la première journée ont rappelé une réalité que nous connaissons tous dans notre pratique: près de 90 % de la zone métropolitaine de Port-au-Prince échappe aujourd'hui au contrôle de l'État, et plus d'un million d'habitants ont été déplacés par la violence des gangs. Derrière ces deux chiffres, il y a des conséquences très concrètes pour celles et ceux qui font vivre l'économie réelle:
- Des axes de transport coupés ou taxés au passage, qui renchérissent le coût d'un sac de riz, d'un gallon d'essence ou d'une caisse de marchandises bien avant qu'elle n'arrive au consommateur final.
- Des entrepôts, des boutiques et des marchés exposés aux braquages, ce qui pousse les rares assureurs à des primes devenues inabordables pour les petites unités.
- Une trésorerie sous tension permanente, parce que les délais de livraison explosent et que les créances ne se recouvrent plus dans les délais habituels.
Le commandant en chef des FAd'H, le lieutenant Derby Guerrier, a qualifié ce moment d'« acte de foi républicain » et parlé d'une crise d'autorité qui met en péril la puissance régalienne. Derrière ce vocabulaire, il y a un fait simple que nous vivons chaque matin en ouvrant nos registres: sans monopole de la violence légitime, aucun contrat commercial ne tient, aucun investissement ne se planifie sur plus de quelques semaines.
Ce qui est mis sur la table
Au-delà des mots, le forum a déjà produit des engagements concrets que nous pouvons évaluer à notre échelle:
- La refondation d'une armée professionnelle, moderne et disciplinée, équipée selon les réalités opérationnelles du terrain, avec l'appui des autorités civiles.
- L'appel du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé à restaurer la souveraineté nationale, assorti d'un projet de recrutement de jeunes et d'une réflexion sur le service militaire obligatoire présenté comme outil de discipline et de civisme.
- La signature d'un accord de partenariat entre le ministère de la Défense, les FAd'H et l'Université d'État d'Haïti (UEH), via la Faculté de droit et des sciences économiques de Port-au-Prince. Ce point nous concerne directement: si la doctrine militaire s'écrit aussi dans nos universités, elle aura plus de chances d'être enracinée dans la réalité sociale du pays.
Ce que nous devons suivre maintenant
Si vous gérez une petite entreprise, une coopérative ou une activité de commerce, trois signaux simples à observer d'ici les prochaines semaines:
- La traduction budgétaire des annonces: un forum produit des effets seulement si des lignes de financement claires apparaissent pour les équipements, la solde des soldats et la formation continue.
- Le calendrier effectif du recrutement: qui sera retenu, selon quels critères, et avec quelle protection contractuelle pour les jeunes qui s'engagent.
- L'évolution des corridors sécurisés: rouvre-t-on des axes routiers précis, sous quelle protection, et avec quelle réduction mesurable du coût de transport pour nos marchandises?
Notre feuille de route de praticiens reste claire, et elle n'a rien de défaitiste: continuer à opérer, mais ajuster nos plans d'approvisionnement à la lumière de ce qui sortira réellement de ce forum. La sécurité n'est pas un débat académique, c'est le premier maillon de notre chaîne de valeur.