Crise humanitaire en Haïti : la CIDH s'inquiète du manque de fonds et des retours migratoires
Selon la Commission interaméricaine des droits de l'homme (CIDH), le Plan de réponse humanitaire pour Haïti n'avait reçu, au 15 juin 2026, que 25 % des 880,3 millions de dollars américains nécessaires à sa mise en œuvre.

Ce déficit structurel de financement conditionne directement l'accès de la population aux services sociaux essentiels et place l'appareil d'État face à une épreuve de capacité. La Commission alerte sur les conséquences systémiques de cette sous-dotation, dans un contexte marqué par des retours migratoires accrus depuis les États-Unis.
Le levier migratoire et le principe de non-refoulement
La CIDH attire l'attention sur la situation des Haïtiens renvoyés dans le pays, notamment ceux affectés par la fin du Statut de protection temporaire (TPS) aux États-Unis. Elle redoute que l'arrivée de ces personnes ne mobilise davantage les ressources et les structures publiques haïtiennes, déjà sous tension. Cette pression additionnelle, estime la Commission, pourrait également affecter la participation politique, l'organisation du processus électoral et les efforts de stabilisation.
Concernant la politique migratoire américaine, la CIDH reconnaît le droit de chaque État de déterminer les règles applicables à l'entrée, au séjour et au départ des personnes présentes sur son territoire. Elle rappelle toutefois que ces décisions doivent s'exercer dans le respect des engagements internationaux en matière de droits humains, quel que soit le statut migratoire des personnes concernées. Elle insiste sur le principe de non-refoulement: une personne ne peut être renvoyée vers un pays où sa vie, son intégrité physique ou sa liberté sont menacées. Ce principe constitue, selon elle, une obligation fondamentale à laquelle aucune dérogation n'est possible.
Calendrier électoral et cadre régional
La tenue des prochaines élections, fixées au 13 décembre 2026 et au 21 février 2027, constitue un sujet de préoccupation parallèle. La CIDH estime que des actions supplémentaires sont indispensables pour permettre le rétablissement des institutions démocratiques et renforcer les capacités de l'État à assurer la protection des droits humains.
Elle rappelle, dans sa Résolution N° 02/21, que la crise haïtienne présente plusieurs dimensions et nécessite une réponse régionale. Les États de la région sont appelés à renforcer la protection des droits fondamentaux des Haïtiens en situation de mobilité, en s'appuyant sur les principes d'égalité, de non-discrimination, de solidarité internationale et de responsabilité partagée.
Sur le plan opérationnel, la Commission précise que toute mesure d'expulsion ou d'éloignement doit être examinée au cas par cas, respecter les garanties d'une procédure régulière et permettre aux personnes concernées d'avoir accès à un recours effectif. Ce cadre normatif fixe les conditions de légitimité des politiques migratoires à l'égard d'Haïti, et trace pour les institutions nationales comme pour les partenaires régionaux un agenda de conformité à suivre.