Économie haïtienne : les contradictions du nouveau rapport de la Banque mondiale
La Banque mondiale vient de publier son rapport « Haïti – Trajectoire de croissance face à des risques accrus », et le moins qu'on puisse dire, c'est que l'institution se contredit avec une précision presque scientifique.

Elle désigne l'agriculture comme levier principal d'une relance durable, puis admet, dans la même foulée, que ce secteur absorbe moins de 1 % du crédit formel. Traduction en clair: on pointe la sortie de secours avant d'en condamner la porte. La Banque appelle, dans le même document, à des réformes institutionnelles urgentes — l'urgence, chez nous, a cette drôle d'habitude de finir en bibliographie.
Le champ qui ne reçoit jamais rien
Le rapport met en avant les potentiels agricoles et démographiques pour amorcer la relance. Voilà pour le décor officiel. Pendant ce temps, le MARNDR — qui survit plus qu'il ne fonctionne — explore, selon Vant Bèf Info, de nouvelles pistes agricoles avec l'Argentine. Les annonces de coopération s'enchaînent pendant que la paysannerie continue, sur le terrain, de financer sa propre survie avec un crédit qui ne vient jamais. Quant aux réformes « urgentes » réclamées par Washington, on les attend depuis plus longtemps que la dernière vraie politique agricole dans ce pays.
Le concert des bonnes volontés
Au même moment, le secrétaire général de l'OEA, Albert Ramdin, a convoqué une réunion spéciale avec les Observateurs permanents après sa récente visite. Il a plaidé pour faire avancer ensemble sécurité et élections, et pour un appui international centré sur des résultats concrets pour la population. Concrets. Le mot revient comme un mantra diplomatique: il ne coûte rien et n'engage personne. Pendant ce temps, l'OCNH, dans le cadre de l'Examen périodique universel, réclame, rapportait Le National, un meilleur suivi des engagements d'Haïti en matière de droits humains. Empiler les engagements, multiplier les plans, oublier l'exécution — c'est devenu une mécanique bien rodée, et les partenaires internationaux en sont les complices méthodiques.
Trois fils à ne pas lâcher
D'abord, la part réelle du crédit agricole dans la prochaine politique financière — pas dans le prochain rapport. Ensuite, ce qui sortira concrètement de la coopération haïtiano-argentine, au-delà des photos de poignée de main et des communiqués conjoints. Enfin, la feuille de route de l'OEA après le passage de Ramdin: indicateurs mesurables et calendrier public, ou énième déclaration de principe? Le diagnostic est posé, noir sur blanc. Reste à savoir qui osera, cette fois, traiter le pays autrement qu'en document.