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Mission de l'OEA en Haïti : entre évaluation politique et impasse diplomatique

Le Secrétaire général de l'Organisation des États américains, Albert Ramdin, entame ce lundi une mission d'évaluation de quatre jours en Haïti, selon Rezo Nòdwès.

Mission de l'OEA en Haïti : entre évaluation politique et impasse diplomatique

Annoncée le 10 août lors de la présentation des lettres de créance de Catherine Pognat, nouvelle représentante de l'institution dans le pays, cette visite soumet l'OEA à un test de crédibilité immédiat: convertir l'évaluation en engagements mesurables, ou reproduire le rituel diplomatique dont le communiqué final est, par avance, connu.

Un cadre institutionnel à activer

La conduite de la mission par le Secrétaire général lui-même — et non par un simple envoyé technique — établit un niveau d'engagement politique. Le mandat affiché, l'évaluation de la situation globale du pays, ouvre un périmètre large: sécuritaire, institutionnel, humanitaire, budgétaire. L'apport concret de cette visite pour la population haïtienne dépendra de la capacité de l'institution hémisphérique à arrimer chaque constat à des engagements assortis d'échéances vérifiables, plutôt que de reproduire le satisfecit poli sur les efforts engagés par les autorités de transition.

Les paramètres à soumettre à vérification

L'état des lieux disponible est sévère. Sur le plan humanitaire, l'Organisation internationale pour les migrations chiffrait au début de l'été à près d'un million et demi le nombre de personnes déplacées à travers le pays — un record historique, dont plus de la moitié sont des femmes et des filles, et dont la progression touche désormais des régions jusqu'ici épargnées comme le Sud-Est. Sur le plan sécuritaire, l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime documentait récemment que les gangs ne se contentent plus de contrôler des territoires: ils s'emploient à capturer les institutions et les artères économiques du pays, avec jusqu'à un combattant sur deux recruté parmi les enfants. Sur le plan institutionnel, le calendrier électoral a été repoussé, pour la seconde fois cette année, du 30 août au 13 décembre, sous une réserve de sécurité que personne ne peut garantir. Sur le plan budgétaire, l'État vient dans le même temps de réduire de 15 % les primes de sa propre police, au moment précis où l'institution en aurait le plus besoin. Une mission d'évaluation rigoureuse se mesurerait à sa capacité de confronter chacun de ces éléments à des engagements concrets.

Le précédent CARICOM comme étalon

Le sommet de la CARICOM à Sainte-Lucie, début juillet, fournit un point de comparaison immédiat: un communiqué saluant les progrès sécuritaires haïtiens avait été démenti quelques jours plus tard par un nouveau massacre à Kenscoff. La valeur réelle d'une visite diplomatique ne se mesure jamais à son texte de clôture, mais aux actes concrets qui en découlent — ou n'en découlent pas — dans les semaines qui suivent. L'OEA porte dans ce dossier une responsabilité structurelle qui la distingue des autres acteurs internationaux déjà mobilisés sur le terrain haïtien. Le prochain communiqué dirait-il autre chose que les précédents, la balance penchera du côté des garanties vérifiables.