genecohaiti.

Comprendre Haïti, au-delà des urgences.

Actualité

Haïti : l'insécurité alimentaire des enfants face à la crise des expulsions

Un rapport de Human Rights Watch, relayé par Outre-mer La 1ère, documente le retour forcé de plus de 470 Haïtiens expulsés des États-Unis depuis juillet.

Haïti : l'insécurité alimentaire des enfants face à la crise des expulsions

Ces transferts alimentent une pression démographique et sécuritaire sur les villes de province, dans un pays où les Nations unies recensent au moins 19 380 personnes tuées entre janvier 2023 et juin 2026, et où plus de 253 000 enfants de 6 mois à 5 ans pourraient souffrir de malnutrition aiguë dans les prochains mois.

Mécanique des expulsions et conditions de retour

Les vols d'expulsion n'atterrissent plus à Port-au-Prince: l'aéroport international est jugé trop exposé à la violence des gangs. Ils se redirigent vers Cap-Haïtien, dont la population, selon le maire Michel Saint-Croix cité par HRW, a triplé en deux ans pour dépasser le million d'habitants. La commune accueille également des Haïtiens qui fuient les violences dans d'autres régions. À leur arrivée, les personnes refoulées reçoivent un repas, une boisson et environ 77 dollars en espèces, puis sont, d'après l'organisation, livrées à elles-mêmes, sans relais institutionnel structuré ni perspective de logement.

Sur les 44 personnes interrogées par HRW, beaucoup avaient vécu entre deux et quatorze ans aux États-Unis, certaines sous statut de protection temporaire (TPS) désormais révoqué. Elles déclarent avoir passé des heures sans nourriture ni eau dans les centres de détention américains, parfois plusieurs jours sans pouvoir se laver ni changer de vêtements. Plusieurs indiquent n'avoir pas pu joindre leur avocat ni comparaître devant un juge de l'immigration. Des documents officiels et de l'argent ne leur auraient pas été restitués à leur arrivée sur le territoire haïtien.

Cadre structurel et déficit de gouvernance

La convergence de la violence criminelle et de l'insécurité alimentaire redéfinit les paramètres de la souveraineté haïtienne. L'expulsion mécanique de ressortissants vers un territoire sous contrôle partiel des groupes armés crée une asymétrie: l'État central ne dispose ni des capacités logistiques ni du périmètre sécuritaire requis pour absorber ces flux. Le levier diplomatique dont dispose Port-au-Prince auprès de Washington demeure formel; HRW adresse explicitement aux autorités américaines une demande de suspension des renvois, estimant qu'Haïti n'est pas en mesure, dans la séquence actuelle, d'assurer la protection et les besoins essentiels des personnes refoulées.

L'alerte onusienne sur la malnutrition infantile, publiée le 18 septembre par UN News, se superpose à ce flux migratoire inversé. Le chiffre de 253 000 enfants potentiellement concernés ne décrit pas une crise sanitaire ponctuelle: il renvoie à un déficit structurel d'approvisionnement et de prise en charge pédiatrique, aggravé par les déplacements internes que la violence impose aux ménages. La séquence — gangs, déplacements, expulsions, précarité alimentaire — fonctionne désormais comme un système fermé, où chaque variable renforce la suivante. La variable d'ajustement reste, pour l'heure, la réponse de Washington à la requête de HRW.