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Expulsions vers Haïti : le péril sécuritaire des ressortissants renvoyés par les États-Unis

Selon Human Rights Watch, ces renvois exposent les personnes concernées à des risques sécuritaires et humanitaires documentés, dans un contexte où l'appareil d'État haïtien ne dispose ni des moyens…

Expulsions vers Haïti : le péril sécuritaire des ressortissants renvoyés par les États-Unis

Depuis la révocation du statut de protection temporaire (TPS) fin juillet 2026, plus de 450 ressortissants haïtiens ont été expulsés des États-Unis vers un pays que le département d'État américain lui-même déconseille à ses ressortissants de fréquenter. Selon Human Rights Watch, ces renvois exposent les personnes concernées à des risques sécuritaires et humanitaires documentés, dans un contexte où l'appareil d'État haïtien ne dispose ni des moyens financiers, ni des effectifs, ni des cadres opérationnels pour les accueillir.

Un mécanisme de protection démantelé

Le TPS, prévu par la législation américaine, permet de suspendre l'expulsion vers des pays en crise jusqu'à l'amélioration des conditions sur place. Accordé aux Haïtiens en 2010 à la suite du séisme, il a été prolongé à plusieurs reprises au fil de l'aggravation des crises sécuritaire et humanitaire. Sa levée fin juillet 2026 a rétabli l'obligation de départ pour des dizaines de milliers de personnes résidant aux États-Unis. D'après les informations relayées par HRW, la Chambre des représentants a adopté un projet de loi rétablissant le TPS haïtien; le Sénat doit désormais se prononcer.

Le rythme des vols traduit l'ampleur du changement: la cadence est passée d'environ un vol mensuel à un vol hebdomadaire à destination de Cap-Haïtien. Des responsables du gouvernement haïtien ont déclaré à l'organisation ne pas disposer des capacités institutionnelles requises pour absorber ces flux.

Cap-Haïtien, corridor unique

Tous les vols d'expulsion convergent vers Cap-Haïtien, sur la côte nord. L'aéroport de Port-au-Prince, capitale du pays, n'est plus opérationnel pour ce trafic: les groupes criminels en ont rendu l'accès trop dangereux. HRW s'est rendue sur place du 24 au 30 août et a interrogé 44 personnes arrivées à bord des deux premiers vols post-révocation, les 20 et 27 août.

Parmi les expulsés figurent des individus installés aux États-Unis depuis plusieurs années, séparés de membres de leur famille de nationalité américaine, ainsi que des demandeurs d'asile en instance d'examen, selon les éléments recueillis. Beaucoup, originaires de la zone métropolitaine de Port-au-Prince, du Sud ou de l'Artibonite, doivent ensuite emprunter des axes routiers sous contrôle de groupes armés pour rejoindre des proches.

Un dispositif d'accueil sous contrainte

À l'aéroport de Cap-Haïtien, des tentes servent aux vérifications d'antécédents, à un appel téléphonique et à la distribution d'un repas chaud. La Croix-Rouge haïtienne et l'Office national des migrations (ONM) prennent en charge les arrivants. Le coordinateur national de l'ONM, Jean Négot Bonheur, indique que l'allocation distribuée est passée de 10 000 gourdes début août à 25 000 gourdes (environ 191 dollars) ces dernières semaines; une nuit d'hôtel est prise en charge dans certains cas.

Le maire de Cap-Haïtien, Michel Saint-Croix, expose une réalité démographique critique: la ville, conçue pour environ 45 000 habitants, en compte plus de 500 000, sous l'effet de l'exode lié à l'emprise des gangs sur Port-au-Prince et l'Artibonite. Un centre d'hébergement de 500 places est annoncé, mais sa livraison n'est pas prévue avant fin 2027. Dans l'intervalle, les loyers progressent et les infrastructures — collecte des déchets, assainissement, électricité — atteignent leurs limites.

Le suivi immédiat

Deux indicateurs méritent une attention prioritaire. Le premier est le vote du Sénat américain sur le rétablissement du TPS, seul levier législatif de court terme. Le second est l'écart croissant entre le calendrier annoncé pour le centre d'hébergement (fin 2027) et la fréquence actuelle des vols (un par semaine): un déficit structurel que les allocations de l'ONM ne peuvent résorber. Toute évolution du contrôle de l'aéroport de Port-au-Prince rebattrait également la carte, en ouvrant un second point d'entrée ou en concentrant encore davantage la pression sur Cap-Haïtien.