Haïti : l'effondrement économique face à l'emprise du capitalisme de prédation
Le dernier rapport de la Banque mondiale, relayé par Le National, pose un constat chiffré sans appel: sept années consécutives de contraction économique et un déficit de production équivalent à 46,5 % du PIB prévu avant la crise de 2018.

46,5 % du PIB perdu: le chiffre qui cadre la crise
L'agriculture a reculé de 25 %, l'industrie de 36 %, les services représentant à eux seuls 17 % du PIB perdu. L'inflation dépasse 20 %, et 5,7 millions de personnes vivent en insécurité alimentaire aiguë. Le coût humain s'alourdit: 1,47 million de déplacés internes en mai 2026, soit 12 % de la population.
Anatomie institutionnelle d'un capitalisme de prédation
Le Nouvelliste décrypte une crise qui ne procède pas d'une anarchie accidentelle, mais d'un système fonctionnel pour une poignée d'acteurs — gangs, oligarques, responsables politiques, opérateurs internationaux — où la violence demeure l'instrument principal de régulation. Le dernier massacre recensé par le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) a fait plus de 160 victimes. Les Nations Unies documentent au moins 5 915 morts violentes en 2025 — l'année la plus meurtrière jamais enregistrée — et 1 642 supplémentaires au premier trimestre 2026.
Deux événements récents cristallisent cette mécanique, selon la même source. Le transfert aux États-Unis, le 20 septembre, des inculpés dans le dossier d'assassinat de Jovenel Moïse démontre l'incapacité de l'appareil judiciaire national à remonter jusqu'aux commanditaires. Dans le même mouvement, le Premier ministre aurait orchestré la révocation de l'ancien chef de police Normil Rameau, à l'origine en 2025 de la plus importante saisie de drogue de l'histoire du pays — un sabotage assumé de l'institution policière au profit de la stabilisation du chaos.
Leviers et indicateurs à observer
L'économie criminelle procède, d'après Le Nouvelliste, de la maturation d'un capitalisme de connivences qui a déserté les idéaux productivistes du début des années 2000 — incarnés alors par le Centre pour la libre entreprise et la démocratie (CLED), son forum sur la compétitivité, et la « révolution de la croissance » portée par le PDG d'UNIBANK Carl Braun. La création du groupe « Makaya » réactive la question d'une éventuelle reconfiguration du comportement oligarchique.
Trois points de vigilance pour les semaines à venir: l'exécution du transfert judiciaire vers Washington et son incidence sur les dossiers de commandite; la composition du nouveau commandement de la Police nationale d'Haïti; la publication du prochain cadrage budgétaire dans un contexte où la capacité institutionnelle de l'appareil d'État se contracte.