Agriculture en Haïti : les causes profondes d'un effondrement structurel
Selon une analyse publiée par HaitiLibre, plus de 60 % des denrées consommées en Haïti proviennent désormais de l'étranger.

La production nationale recule sous l'effet conjugué de l'insécurité généralisée, des changements climatiques, de la faiblesse des investissements publics, de l'insuffisance des infrastructures agricoles et d'un déficit de gouvernance persistant. Pour l'appareil d'État, l'équation est connue: dépendance accrue aux importations, exposition aux fluctuations mondiales et effondrement d'un secteur qui employait encore massivement les ménages ruraux.
Une filière animale en régression
L'élevage illustre l'ampleur du déficit structurel. Les filières bovine, caprine, ovine, porcine et avicole reculent sous le poids du vol de bétail, de services vétérinaires insuffisants, du manque d'aliments pour animaux et de la dégradation des pâturages. Aucune politique nationale de développement de l'élevage ne vient cadrer la réponse publique. Or, l'animal constitue pour les ménages ruraux une épargne vivante, finançant la scolarité, les soins de santé, les investissements agricoles ou la gestion des urgences. Son érosion mécanique réduit la disponibilité locale de protéines et alourdit le déficit commercial par le recours aux importations de viande, produits laitiers et œufs.
Rapatriements forcés et pression humanitaire
Le Groupe de soutien aux rapatriés et aux réfugiés (GARR) documente une aggravation supplémentaire: près de 200 000 Haïtiens renvoyés de force entre janvier et août 2026, dont 194 465 depuis la République dominicaine, 1 187 depuis les États-Unis et 1 426 depuis les Bahamas, les îles Turques-et-Caïques et la Jamaïque. Ce volume dépasse de 20 000 celui de la période équivalente en 2025 et équivaut presque au total des expulsions enregistrées pour l'ensemble de 2024, selon Indrika Ratwatte, sous-secrétaire générale par intérim aux affaires humanitaires, lors de la réunion du Conseil de sécurité de l'ONU du 28 août consacrée à Haïti, convoquée après le massacre perpétré par des gangs à Kenscoff les 23 et 24 août.
Le maillon critique, pour le GARR, reste les points de passage frontaliers avec la République dominicaine, où les services publics et l'aide humanitaire demeurent limités. Les rapatriés s'ajoutent à une population déjà sous tension: 6,4 millions de personnes nécessitant une aide humanitaire, près de 1,5 million de déplacés et plus de 5,8 millions exposées à une insécurité alimentaire aiguë en 2026, d'après les chiffres onusiens de juillet.
Ce qu'il faut suivre
Trois indicateurs structureront les prochains mois: l'évolution du taux d'importation alimentaire et de la balance commerciale agro-alimentaire; le déblocage d'une politique nationale d'élevage assortie de moyens budgétaires traçables; et la pression migratoire aux frontières, dont l'intensité conditionne directement la capacité d'absorption humanitaire du pays.