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Haïti : pourquoi la sécurité est le préalable indispensable à tout processus électoral

La question électorale haïtienne ne se résume plus à une date. Elle se pose désormais en termes de capacité étatique: celle de rendre le suffrage possible, sécurisé et crédible sur un territoire…

Haïti : pourquoi la sécurité est le préalable indispensable à tout processus électoral

La question électorale haïtienne ne se résume plus à une date. Elle se pose désormais en termes de capacité étatique: celle de rendre le suffrage possible, sécurisé et crédible sur un territoire profondément reconfiguré par les déplacements de population, la perte de contrôle de zones entières et l'érosion de la présence institutionnelle. L'ancien président Jocelerme Privert a rappelé, dans une déclaration du 21 août, que la sécurité constituait « l'une des conditions fondamentales » du processus électoral — une formulation qui tranche avec le discours purement calendaire qui prévaut dans le débat public.

Un cadre normatif sans effectivité

Le Conseil électoral provisoire dispose d'une architecture juridique: dispositions réglementaires, décisions administratives, calendrier. Cette dimension normative confère au processus son fondement et sa légalité. Mais elle ne lui confère pas, à elle seule, son effectivité. Le pays auquel s'applique aujourd'hui le calendrier électoral n'est plus celui pour lequel furent conçus les anciens repères administratifs, démographiques et territoriaux du vote. Les infrastructures publiques sont fragilisées. Plusieurs axes de circulation sont rompus. La géographie humaine du pays a été modifiée par des mouvements de population massifs que les cadres institutionnels existants n'intègrent pas.

La variable sécuritaire comme préalable structurel

Les violences signalées à Morne à Chandelle, à Gressier et dans la section communale de Marmont-Paul, à Saint-Michel de l'Attalaye, illustrent l'asymétrie entre le discours électoral et la réalité territoriale. Des familles sont contraintes d'abandonner leurs maisons, leurs terres et leurs activités sous la pression de groupes armés. Privert appelle l'État à reprendre le contrôle des territoires affectés, à démanteler les réseaux de financement des groupes armés et à lutter contre l'impunité. Il plaide pour une stratégie nationale contre l'insécurité — un levier dont l'absence constitue, à ce stade, le déficit de gouvernance le plus lourd de conséquences pour la crédibilité de tout processus électoral.

Ce que le calendrier ne résout pas

Une date électorale peut mobiliser les institutions, rassurer les partenaires internationaux et donner une direction à une transition. Elle ne devient cependant opérationnelle que lorsqu'elle correspond à une capacité réelle d'organiser le scrutin. Or cette capacité dépend de conditions concrètes — logistiques, administratives, sécuritaires — qui ne progressent pas au même rythme que les annonces publiques. La restauration de l'ordre électoral commande désormais d'accorder le calendrier politique aux réalités territoriales et démographiques du pays. Sans cette adéquation, la convocation du peuple à exercer sa souveraineté par le suffrage restera un objectif politique déconnecté des conditions matérielles de sa mise en œuvre.