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Haïti : le défi d'organiser des élections dans un climat de violence extrême

Au moins 1 408 personnes tuées et 656 blessées entre avril et juin 2026: tels sont les chiffres publiés par le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), relayés par Rezo Nòdwès.

Haïti : le défi d'organiser des élections dans un climat de violence extrême

À cette séquence s'ajoute l'attaque de Kenscoff, qui a fait au moins 47 morts et plus de 50 personnes kidnappées selon les informations rapportées par plusieurs sources. Le scrutin se prépare donc sur un territoire dont le contrôle effectif demeure fragmenté.

Décret du 2 juin 2026: trois contentieux ouverts

Le décret électoral publié le 2 juin 2026 concentre désormais les critiques institutionnelles. Le Collectif des Acteurs Haïtiens pour le Développement et l'Organisation Alternative (CAHDOA), par l'intermédiaire de son conseiller politique Raphaël André, exige la révision de plusieurs dispositions jugées incompatibles avec l'architecture constitutionnelle. L'article 153, alinéa 26 — qui impose aux candidats la présentation d'un certificat médical — se trouve au cœur du litige. Le CAHDOA considère cette exigence contraire aux conditions d'éligibilité prévues par la Constitution et invoque le principe de la hiérarchie des normes: un décret ne peut ajouter de conditions non prévues par le texte fondamental.

Deuxième contentieux: l'articulation entre le scrutin et un éventuel référendum. Si la réforme constitutionnelle supprime le Sénat, l'élection sénatoriale prévue perd sa pertinence politique. Le CAHDOA demande une clarification formelle au Conseil électoral provisoire avant toute étape supplémentaire du processus.

Troisième contentieux, signalé par AlterPresse: neuf groupements politiques ont déposé une dénonciation formelle pour utilisation frauduleuse de numéros d'identification nationale dans les registres électoraux. Ils réclament un audit complet et un assainissement des listes avant le lancement officiel de la campagne.

L'arbitrage onusien et la variable sécuritaire

Le représentant spécial du Secrétaire général de l'ONU, Carlos Ruiz Massieu, a présenté devant le Conseil de sécurité la doctrine onusienne en deux temps — sécurité indispensable à la crédibilité électorale, et progression simultanée des deux processus. Le déploiement complet de la Force de répression des gangs constitue la variable opérationnelle centrale. Les résultats demeurent asymétriques sur le territoire: les opérations conduites à Delmas et Tabarre ont permis de limiter les activités criminelles, tandis que Cité Soleil et la Plaine du Cul-de-Sac connaissent une recrudescence documentée par le BINUH.

Trois décisions se présentent au CEP dans les semaines à venir: l'audit des listes électorales, la révision de l'article 153 alinéa 26, et la clarification du calendrier par rapport au référendum. Sans ces arbitrages, la légitimité des institutions issues du scrutin demeurera contestable — et l'équation paix/élections restera sans solution institutionnelle.