Haïti : l'expansion meurtrière des gangs frappe désormais les hauteurs de Kenscoff
Haïti: entre l'empire des gangs et la résistance des oubliés…

D'après Outre-mer La 1ère, une attaque de gangs à Kenscoff a fait environ quarante morts dans la nuit du 23 au 24 août 2026, selon le maire Massillon Jean. Le bilan provisoire inclut des dizaines de blessés et plusieurs enlèvements, dans un pays où près de 1,5 million d'habitants sont déjà déplacés internes selon une estimation de juin de l'Organisation internationale pour les migrations. L'épisode confirme l'élargissement, au-delà de la zone métropolitaine de Port-au-Prince, du périmètre opérationnel des groupes armés.
Une église prise pour cible
Massillon Jean a qualifié la nuit d'événement de terreur et fait état d'environ quarante cadavres dénombrés sur place. Les assaillants ont ouvert le feu sans discernement sur les habitants, puis ont pénétré de force dans une église abritant un camp de personnes déplacées internes. Les recherches se poursuivent; plusieurs personnes restent portées disparues et plusieurs dizaines de blessés sont recensées. Le bureau du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a exprimé sa compassion envers les victimes et leurs familles, et annoncé l'envoi de renforts pour rétablir la sécurité dans la zone. La commune de Kenscoff est, depuis plusieurs mois, un théâtre d'affrontements entre groupes armés qui cherchent à étendre leur contrôle sur les hauteurs dominant la capitale.
Un appareil étatique sous contrainte structurelle
Sur environ onze millions d'habitants, près de 1,5 million sont déplacés à l'intérieur du pays en raison des violences, selon l'estimation publiée en juin par l'Organisation internationale pour les migrations. L'agence onusienne souligne que les attaques ne se limitent plus au périmètre de la capitale. Pays le plus pauvre des Amériques, Haïti cumule une crise politique, économique et sécuritaire durable, aggravée par la multiplication des meurtres, des enlèvements, des viols et du recrutement forcé d'enfants par les bandes criminelles. L'État central ne contrôle plus qu'une partie du territoire national, tandis que les groupes armés imposent leur propre ordre dans plusieurs départements et disputent à la puissance publique le monopole de la violence.
La Force de répression des gangs, un levier encore inopérant
Une Force de répression des gangs (FRG), appuyée par les Nations unies, est en cours de constitution pour épauler la Police nationale d'Haïti, structurellement dépassée par l'ampleur de la criminalité organisée. À terme, l'effectif doit atteindre 5 500 policiers et militaires étrangers. Le volume déjà déployé sur le terrain n'est pas documenté publiquement. Le dispositif demeure, à ce stade, un cadre structurel sans effet opérationnel mesurable, pendant que les gangs consolident leur maillage territorial et leur économie parallèle, alimentée notamment par les enlèvements et les rançons. Le déploiement effectif de cette force, ainsi que les premiers indicateurs de présence au sol, constitueront les variables clés à observer dans les prochaines semaines.