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Haïti doit former des créateurs, pas seulement des diplômés

Le système éducatif haïtien forme des chercheurs d'emploi, rarement des créateurs d'entreprises.

Haïti doit former des créateurs, pas seulement des diplômés

Le constat, formulé dans une tribune publiée le 25 août par Le Nouvelliste, désigne l'école comme la variable structurante du sous-développement, avant la sécurité, les infrastructures et la stabilité politique. L'angle est précis: tant que la formation reste orientée vers le salariat dans une économie qui n'en produit presque plus, l'appareil d'État exporte ses cerveaux et importe des frustrations.

L'unique trajectoire valorisée

Dans la majorité des familles, le parcours reste verrouillé: école fondamentale, baccalauréat, université, poste stable dans une entreprise, une ONG, l'administration publique ou une organisation internationale. L'État ne régulant qu'une faible part du secteur, l'enseignement privé dicte le contenu. La pédagogie privilégie la mémorisation et laisse peu de place à l'expérimentation, au travail en équipe ou à la résolution de problèmes concrets. La formation professionnelle, soudure ou électricité, demeure perçue comme un échec scolaire; le droit et la médecine concentrent la valeur symbolique. Le résultat est mécanique: nos compétences les plus pointues s'amortissent hors du territoire national.

Le capital entrepreneurial inexploité

La « madan Sara », le mécanicien improvisant un atelier, le jeune réparant des téléphones: la débrouillardise est massive, mais elle reste enfermée dans l'économie de survie. Le levier manquant est institutionnel: un dispositif public capable de convertir cette énergie en entreprises structurées et en emplois durables. Les modèles asiatiques — Corée du Sud des années 1960, Singapour, Taïwan, Chine — ne sont pas transposables tels quels, mais partagent un socle commun: un alignement explicite entre système éducatif et besoins industriels, via des écoles techniques en lien direct avec l'appareil productif et un investissement continu dans la formation continue.

Ce qu'il convient de suivre

La question qui suit n'est pas pédagogique, elle est budgétaire: la part du budget national allouée à l'éducation, et surtout la part fléchée vers la formation technique et l'entrepreneuriat. Trois indicateurs méritent une lecture attentive dans les prochains mois: l'évolution du ratio formation professionnelle versus formation générale dans les établissements soutenus par l'État, la création éventuelle d'un cadre réglementaire uniforme pour l'enseignement privé, et les programmes de retour ou de rétention des diplômés qualifiés. Sans réorientation structurelle, le déficit de gouvernance actuel se reproduira, amplifié par chaque cohorte formée à chercher un poste qu'aucune administration ne pourra plus offrir.