Crise de l'emploi des jeunes en Haïti : l'impact dévastateur de l'insécurité
67 millions de jeunes au chômage en 2025. 257 millions supplémentaires ni scolarisés, ni en emploi, ni en formation.

Voilà le socle documenté par l'Organisation internationale du Travail (OIT), sur lequel se greffe, depuis Port-au-Prince, un blocage local aux conséquences directes sur une génération entière. Les jeunes femmes paient le tribut le plus lourd de cette exclusion.
Un déficit mondial à forte dimension de genre
Les chiffres publiés par l'OIT établissent l'ampleur du phénomène. 67 millions de jeunes étaient sans emploi en 2025, quand 257 millions se trouvaient simultanément hors de tout parcours éducatif et professionnel. L'organisation souligne que les jeunes femmes représentent une part disproportionnée de cette population exclue du marché du travail et de la formation. Pour l'OIT, l'enjeu dépasse la seule lecture statistique: la création d'emplois décents constitue un impératif économique et social, tant la formation conditionne l'insertion durable des actifs de demain.
Quand l'insécurité dégrade le pipeline éducatif et productif
En Haïti, la crise sécuritaire agit comme multiplicateur du déficit documenté. Dans la région métropolitaine de Port-au-Prince et les communes environnantes, de nombreux établissements scolaires demeurent fermés ou fonctionnent au ralenti. Les déplacements des élèves, des enseignants et du personnel administratif restent perturbés par l'insécurité. Le coût du transport, supporté directement par les familles, ajoute une barrière économique au risque physique. La conséquence est mécanique: le temps d'apprentissage se réduit, l'acquisition de compétences se fragilise, le capital humain de la zone recule.
Le secteur productif subit la même contrainte, dans les mêmes périmètres. Des entreprises ont réduit leurs activités; d'autres ont fermé ou déplacé leurs opérations hors des zones affectées. Les opportunités d'embauche se contractent dans les mêmes quartiers où la formation s'interrompt, verrouillant l'insertion professionnelle par les deux bouts du pipeline.
Le double verrou et les points de suivi
Pour la jeunesse haïtienne, le mécanisme se ferme des deux côtés. L'interruption des études limite l'accès à une formation qualifiante; la raréfaction des emplois formels accentue la précarité. L'OIT identifie ce type de configuration comme un cercle vicieux, où l'exclusion initiale alimente l'exclusion durable, sans contrepartie productive pour l'économie nationale.
Trois indicateurs méritent une lecture suivie dans les semaines à venir: la réouverture effective des établissements dans la zone métropolitaine, le retour à un fonctionnement normal des entreprises contraintes à l'arrêt, et la part des jeunes femmes dans les programmes de reprise lorsqu'ils sont déployés. Sans rétablissement des conditions minimales de sécurité et de mobilité, les chiffres globaux de l'OIT continueront de se traduire localement par une exclusion structurelle que ni la formation ni l'embauche ne pourront résorber seules.