Gouvernance locale en Haïti : le rôle moteur des femmes face à la crise
Future of Good décrit une réponse institutionnelle précise à la crise: le projet AGIR du CECI réunit, dans le Nord d’Haïti, des femmes, des jeunes et des autorités locales autour d’une gouvernance…

Future of Good décrit une réponse institutionnelle précise à la crise: le projet AGIR du CECI réunit, dans le Nord d’Haïti, des femmes, des jeunes et des autorités locales autour d’une gouvernance plus participative, inclusive et redevable. AlterPresse rapporte, sur la base d’ONU Femmes, qu’une organisation de femmes sur trois est menacée de fermeture; AGIR consolide ainsi un réseau local déjà actif, sans que le lien entre ces deux dynamiques soit quantifié. Pour les six municipalités de la zone urbaine métropolitaine du Cap-Haïtien, l’enjeu consiste à convertir des interventions dispersées en priorités intercommunales effectivement coordonnées.
Un mécanisme régional de coordination
AGIR repose sur une table multisectorielle réunissant des acteurs publics, privés et de la société civile. Financé par le gouvernement du Québec, le projet est mis en œuvre par le CECI avec l’UQAM, la Maison d’Haïti et deux partenaires locaux, l’AFSODA et l’OGDNH. Future of Good précise que son article a été rédigé en partenariat avec le CECI. Il s’agit donc d’un compte rendu de projet, et non d’une évaluation indépendante.
La méthode part de l’existant local. Mutchi Obas, psychologue, entrepreneure et dirigeante d’un organisme féministe, y a participé comme actrice communautaire et formatrice sur les questions électorales et politiques. Selon son témoignage, les forums et les débats ont favorisé une vision plus cohérente des priorités de la zone métropolitaine.
Le changement documenté est d’abord organisationnel. Les communautés travaillaient auparavant surtout en silo; le projet a créé un espace commun entre autorités et société civile. Cette évolution doit toutefois rester distinguée d’un résultat de politique publique: le compte rendu ne fournit ni budget global, ni calendrier d’exécution, ni indicateurs de résultats permettant d’en mesurer l’efficacité.
Six municipalités, quatre fronts concrets
Les acteurs réunis par AGIR ont identifié quatre dossiers principaux:
- l’aménagement du territoire et la maîtrise de l’urbanisation non planifiée;
- la réparation et l’amélioration des infrastructures liées à l’eau potable, à l’énergie, aux transports et à la gestion des déchets;
- la recherche de solutions adaptées au changement climatique;
- la formulation de réponses fondées sur l’intercommunalité.
Ces priorités déplacent l’analyse vers la capacité d’exécution. La question n’est plus seulement de savoir si les acteurs se réunissent, mais si chaque sujet dispose d’une institution responsable, d’un budget identifié, d’un calendrier et d’un mécanisme de redevabilité. Le texte disponible ne précise ni leur ordre de traitement ni leur traduction en plans opérationnels.
L’échelle intercommunale demeure le principal levier du dispositif. Elle permet de traiter ensemble des problèmes qui dépassent le ressort d’une seule municipalité, notamment les infrastructures, l’urbanisation et la gestion des déchets.
Les points à contrôler
La viabilité des organisations féminines constitue le premier point de surveillance. Le chiffre d’une organisation sur trois menacée de fermeture, relayé par AlterPresse à partir d’ONU Femmes, pose une contrainte matérielle que le projet ne chiffre pas. Les sources disponibles ne précisent pas si AGIR prévoit un mécanisme de continuité pour ses partenaires.
Le deuxième contrôle porte sur le rôle décisionnel des femmes. Leur présence dans les forums doit être distinguée de leur influence sur l’affectation des ressources, la sélection des priorités et le suivi des décisions. Une institution locale réellement inclusive doit produire des traces vérifiables: actes, responsabilités, délais et restitution publique.
Enfin, Vant Bèf Info rapporte que Me René St-Fort exhorte les jeunes haïtiens à ambitionner malgré la crise. Le fragment disponible ne précise toutefois ni le contenu de cette intervention ni son articulation avec AGIR. Il ne constitue donc pas une preuve de l’effet du projet.
Le signal le plus utile sera désormais administratif: des priorités discutées doivent passer à des décisions documentées. Tant que бюджеты, calendriers et indicateurs ne sont pas publiés, AGIR doit être lu comme une architecture de gouvernance en construction, et non comme la preuve d’une amélioration déjà mesurée de la gouvernance locale.