Racisme anti-haïtien aux États-Unis : les racines historiques d'une politique d'exclusion
C'est une décision que beaucoup de nos compatriotes résidant aux États-Unis redoutaient depuis des mois: selon Green Left, l'administration Trump a mis fin cette semaine au statut de protection…

Quand 350 000 familles basculent du jour au lendemain
C'est une décision que beaucoup de nos compatriotes résidant aux États-Unis redoutaient depuis des mois: selon Green Left, l'administration Trump a mis fin cette semaine au statut de protection temporaire (TPS) qui couvrait quelque 350 000 Haïtiens vivant sur le sol américain. La mesure, entérinée à la suite d'une décision de la Cour suprême rendue le 25 juin dans l'affaire Mullin v. Dahlia Doe (consolidée avec Trump v. Miot), prend effet alors même que le Département d'État lui-même considérait qu'Haïti n'était pas un pays où l'on pouvait voyager sans danger.
Pour nous, entrepreneurs et acteurs du développement local, ce chiffre de 350 000 personnes n'a rien d'abstrait: ce sont des parents qui envoient chaque mois une partie de leur salaire à Carrefour, à Cap-Haïtien ou aux Cayes, des gardiennes d'enfants, des aides-soignantes, des ouvriers qui font tourner l'économie de leur quartier d'adoption, et qui, du jour au lendemain, perdent leur droit d'y travailler.
Ce qui change concrètement depuis le 6 août
Les permis de travail de tous les Haïtiens sous TPS ont été résiliés le 6 août dernier, rapporte Green Left. La conséquence est immédiate et brutale: licenciements en chaîne, perte de logement pour ceux qui ne peuvent plus payer leur loyer, basculement dans la clandestinité pour des résidents qui vivaient pourtant légalement aux États-Unis depuis parfois plus d'une décennie. Plusieurs d'entre eux, en attente d'audience sur leur statut, sont désormais contraints de porter un bracelet électronique à la cheville — un dispositif qui réveille, chez plus d'un Haïtien, le souvenir douloureux des fers portés par les ancêtres.
Ce statut n'était pourtant pas tombé du ciel: il avait été accordé puis renouvelé à plusieurs reprises depuis le séisme de janvier 2010, en raison d'une crise humanitaire, politique et sécuritaire qui n'a jamais cessé de secouer le pays. L'administration Biden l'avait encore prolongé avant d'être dessaisie par l'équipe Trump, qui estime que le dispositif a été « exploité et abusé » et qu'il faut le ramener à sa vocation « temporaire ».
Ce que disent les chiffres de la diaspora
Pour mesurer l'ampleur réelle du choc, retenons quelques données issues du recensement 2021-22 et des chiffres du Département de la Sécurité intérieure cités par Green Left: entre 1,1 et 1,5 million de personnes d'ascendance haïtienne vivent aux États-Unis selon la définition retenue; sur les 852 000 immigrants nés en Haïti recensés en 2024, environ 70 % — soit 585 000 personnes — étaient déjà naturalisés américains. Le reste, composé de titulaires de cartes vertes, de bénéficiaires du TPS, de détenteurs de visas ou de statuts de liberté provisoire, se retrouve aujourd'hui dans une zone grise juridique qui peut basculer du jour au lendemain.
Pour celles et ceux d'entre nous qui gérons une petite entreprise ici, trois réflexes s'imposent dans les semaines qui viennent. Premièrement, recensons dès maintenant nos partenaires, fournisseurs ou membres de famille dont une part du revenu dépend d'un permis de travail américain: un changement de statut affecte directement la trésorerie du ménage, et donc les commandes que nous recevons ou les loyers qui nous sont versés. Deuxièmement, anticipons une remontée des flux de retour; si une fraction seulement des 350 000 concernés rentre au pays dans les mois qui viennent, nos marchés locaux devront absorber une demande supplémentaire en biens de première nécessité et en logements, ce qui pèsera mécaniquement sur les prix. Enfin, suivons de près les recours juridiques annoncés par les organisations de défense des droits civiques: nous, qui croyons aux institutions, savons qu'un combat en justice prend du temps, mais peut changer la donne.