Haïti : treize otages libérés après le massacre de Kenscoff
Sur les quelque cinquante personnes enlevées dans la nuit du 23 août à Kenscoff, six enfants et sept femmes ont été relâchés vendredi, selon l'UNICEF.

Cette libération partielle survient après une opération attribuée à un gang de la coalition Izo et un bilan d'au moins 47 morts.
Bilan opérationnel
L'assaut a mobilisé environ 150 hommes armés contre une commune des hauteurs surplombant Port-au-Prince et Pétionville. Selon les estimations onusiennes, 22 personnes ont péri dans la cour d'une église protestante où des riverains s'étaient réfugiés; une douzaine d'autres ont été exécutées à l'arrière du bâtiment. Plus de cinquante habitants ont été enlevés. Quelque 2 647 résidents ont été déplacés vers les communes voisines, plusieurs habitations ayant été incendiées.
Izo 2, chef de file du gang opérant dans la zone en coordination avec Izo, avait menacé d'exécuter l'ensemble des otages en représailles à toute opération policière.
Sortie négociée et suites diplomatiques
L'UNICEF indique avoir sécurisé la libération en lien avec des leaders communautaires. Parmi les ex-otages figurent trois enfants de moins de deux ans, une enfant de sept ans et deux adolescentes. L'état sanitaire du groupe n'a pas été précisé.
« Cette libération offre un rare moment d'espoir dans un contexte de violences qui menacent les enfants en Haïti », a déclaré Yannig Dussart, représentant adjoint de l'UNICEF. Il a ajouté que l'enlèvement de Kenscoff « n'est pas un fait isolé, mais un rappel brutal de l'ampleur et de la fréquence des attaques contre les enfants » dans le pays.
Le Conseil de sécurité des Nations Unies a tenu le même jour une session d'urgence, à la demande des États-Unis, du Panama et de la Colombie. Les diplomates ont réclamé le déploiement rapide de la force multinationale de lutte contre les gangs. L'envoyé spécial Luis Ruiz Massieu a parlé d'une « nouvelle vague d'indignation publique » et salué la décision de coordonner police nationale, forces armées haïtiennes et force anti-gangs, avec renforcement à Port-au-Prince et redéploiement à Kenscoff.
Cadre politique à surveiller
À l'échelle nationale, l'ONU documente 1,47 million de personnes déplacées internes en mai et, sur la période avril-juin, 1 408 morts, 656 blessés et 326 cas de violences sexuelles attribués aux groupes armés. Jusqu'à 90 % de la zone métropolitaine de Port-au-Prince a, à un moment, échappé à l'autorité publique.
L'exécutif reste sans direction issue du suffrage depuis la démission du Premier ministre Ariel Henry en 2024. Le Conseil présidentiel de transition, formé après son départ, s'est dissous avant l'organisation du scrutin. L'élection générale figure au calendrier de décembre 2026, après plusieurs reports.
Deux indicateurs demeurent structurants: le déploiement effectif de la force multinationale et la tenue du scrutin de décembre.