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Haïti : quand l'insécurité des gangs paralyse l'accès aux soins de santé

Selon un reportage de la RTBF publié le 20 août 2026, l'accès aux soins demeure gravement perturbé en Haïti par la violence des gangs, une réalité qui touche directement les ménages, les petites…

Haïti : quand l'insécurité des gangs paralyse l'accès aux soins de santé

À Haïti, l'accès aux soins entravés par la violence des gangs

Selon un reportage de la RTBF publié le 20 août 2026, l'accès aux soins demeure gravement perturbé en Haïti par la violence des gangs, une réalité qui touche directement les ménages, les petites commerçantes et les micro-entrepreneurs que nous accompagnons au quotidien. Derrière les titres diplomatiques, ce sont des itinéraires de transport, des rendez-vous manqués et des frais de sécurité imprévus qui s'accumulent. Quand une maternité devient difficile d'accès ou qu'une ambulance ne peut plus circuler sans escorte, c'est toute l'économie locale qui recule d'un cran.

Ce que la violence change concrètement pour l'entrepreneur

Pour nous, gens de terrain, la question n'est pas seulement sécuritaire, elle est aussi logistique et budgétaire. Un déplacement vers un centre de santé peut désormais impliquer un détour coûteux, un frais informel de « passage » ou simplement l'impossibilité pure et simple d'atteindre le soignant. Les commerçantes qui approvisionnent les pharmacies, les employés qui doivent se rendre à l'hôpital, les familles qui cherchent un médecin pour un enfant fiévreux: toutes et tous recalculent leurs trajets et leurs priorités.

Cette précarité rejaillit directement sur la trésorerie des micros et petites entreprises. Quand un employé manque trois jours parce qu'il n'a pas pu se faire soigner à temps, c'est la production qui s'arrête; quand une marchande perd une journée de marché parce que son quartier est bloqué, c'est sa marge qui fond. L'accès aux soins devient ainsi, malgré lui, un indicateur précis de la santé économique réelle du pays.

Berlin met des moyens sur la table, mais les résultats tardent

Dans ce contexte, l'annonce reprise par Vant Bèf Info le 18 août 2026 prend tout son sens. Selon les informations relayées par Radio Métropole, l'Allemagne met à disposition les capacités de transport de son armée au profit de la Force de répression des gangs (FRG) déployée en Haïti. À cet appui logistique s'ajoute une contribution financière de 35 millions de dollars américains destinée au Fonds fiduciaire de l'ONU pour soutenir les efforts internationaux en matière de sécurité.

Ces annonces, si elles sont concrètes, doivent pourtant être lues avec lucidité. Comme le rappelle Vant Bèf Info, malgré les différentes aides annoncées et les moyens mis à la disposition de la FRG, aucune bande armée n'a, à ce jour, été officiellement démantelée. Pour celles et ceux qui gèrent une petite entreprise, cela signifie que les conditions de circulation et de stockage restent instables, et qu'il faut encore et toujours intégrer cette incertitude dans le plan de trésorerie mensuel.

Méfions-nous aussi des pourcentages invérifiables

La prudence s'impose également face aux chiffres qui circulent dans le débat international. Rezo Nòdwès rapportait récemment qu'un candidat républicain américain, Byron Donalds, affirmait qu'entre 25 % et 50 % du pays aurait été repris aux gangs. Or, aucune donnée publique ni réalité visible ne permet, selon le média, de vérifier cette affirmation.

Pour nous, cette mise en garde est précieuse. Dans notre pratique, nous avons appris à distinguer ce qui se mesure sur le terrain — un marché qui rouvre, une route qui redevient praticable, un centre de santé qui recommence à accueillir des patients — des déclarations politiques taillées pour les micros. Tant que ces indicateurs concrets ne bougent pas, les chiffres avancés à l'étranger restent, au mieux, des intentions, au pire, des opérations de communication dont la prudence recommande de se méfier.

Ce que nous pouvons faire en attendant

Pour traverser cette période sans plier:

  • Cartographiez vos itinéraires critiques: identifiez vos trois trajets les plus importants (approvisionnement, marché, soins) et prévoyez un plan B documenté pour chacun d'eux, avec un contact de confiance à l'arrivée.
  • Constituez une petite trésorerie santé: une ligne d'épargne, même modeste, réservée aux urgences médicales peut éviter le recours coûteux à des prêteurs informels aux taux élevés.
  • Mutualisez les déplacements: plusieurs petits entrepreneurs d'un même secteur peuvent organiser des rotations partagées pour réduire le coût et le risque de chaque trajet.
  • Appuyez-vous sur les sources locales fiables: Vant Bèf Info, Rezo Nòdwès et quelques radios communautaires offrent un signal plus proche du terrain que les dépêches venues d'ailleurs.
  • Documentez, même brièvement, vos pertes et vos blocages: ce journal de bord, individuel ou collectif, deviendra un outil précieux le jour où la sécurité permettra de réclamer des comptes.

Tant que l'insécurité structurelle ne recule pas de manière mesurable sur nos routes et dans nos centres de santé, chaque décision entrepreneuriale doit intégrer ce paramètre — sans fatalisme, mais avec lucidité, méthode et entraide. C'est ainsi, pas à pas, que nous, acteurs du terrain, continuerons à tenir nos boutiques debout.