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Haïti : la transition politique peut-elle légalement s'arroger un pouvoir constituant ?

Selon Rezo Nòdwès, l'article 284-3 de la Constitution de 1987 interdit formellement toute consultation populaire tendant à modifier la Constitution par voie de référendum.

Haïti : la transition politique peut-elle légalement s'arroger un pouvoir constituant ?

Référendum et élections en Haïti: la transition peut-elle s'attribuer le pouvoir constituant?

La question se pose alors sans détour: une autorité de transition, sans mandat électif direct et opérant sans Parlement fonctionnel, peut-elle s'attribuer le pouvoir constituant? Vant Bèf Info rapporte dans le même temps que le regroupement citoyen Konnen Ki Fè propose une méthode nationale de sélection de l'autorité de transition, articulée autour de critères vérifiables et d'un contrôle effectif des dirigeants.

Le verrou de l'article 284-3

Le même titre constitutionnel confie la procédure d'amendement à l'Assemblée nationale et exige une majorité des deux tiers des suffrages exprimés. L'interdiction ne disparaît pas lorsque la consultation change d'étiquette — « consultation populaire », « pacte de refondation », « dialogue national » ou « processus citoyen ». Le critère décisif reste l'objet réel: approuver un texte modifiant ou remplaçant la Constitution de 1987.

Le décret modificatif du 2 juillet 2026, publié au Moniteur, intervient en période d'inopérance législative et modifie le décret électoral du 2 juin 2026. Un décret peut régler des modalités administratives ou électorales; il ne peut, dans la hiérarchie des normes, écarter une disposition constitutionnelle expresse. L'argument de l'urgence — Parlement inopérant, institutions contestées, État sous tension — ne convertit pas, à lui seul, le pouvoir constitué en pouvoir constituant.

Une grille de critères pour la transition

Dans un document intitulé « Vers une méthode nationale de sélection de l'autorité de transition », Konnen Ki Fè propose d'inverser la séquence habituelle. Le regroupement définit d'abord la mission, puis le profil, les critères, la procédure de vérification et, enfin, la personne. Cette architecture substitue une décision sur pièces aux logiques de réseau et aux arbitrages partisans.

Les critères retenus incluent au moins 30 ans d'expérience professionnelle, une réputation établie, l'intégrité et l'indépendance à l'égard des partis politiques et des intérêts particuliers, ainsi qu'une connaissance du droit, des institutions publiques et de la gestion de l'État. La vérification couvrirait les qualifications, les antécédents judiciaires et disciplinaires, la situation fiscale et patrimoniale, les intérêts économiques et les conflits d'intérêts potentiels. Le regroupement appelle à des mécanismes de contrôle engageant la responsabilité du président de la transition, du Premier ministre et des ministres en cas de fausse déclaration ou de dissimulation volontaire lors de la nomination.

Ce qu'il faut suivre

Deux séries de variables détermineront la trajectoire. D'une part, la qualification juridique exacte de toute consultation annoncée par la transition: son objet réel la placera, ou non, sous le coup de l'article 284-3, indépendamment de l'appellation retenue. D'autre part, le degré d'adhésion institutionnelle à la grille proposée par Konnen Ki Fè et sa traduction dans le calendrier effectif de nomination de l'équipe de transition. Le regroupement cible explicitement les réseaux d'influence et les ambitions personnelles; reste à mesurer la part de cette méthode dans le dispositif opérationnel.