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Corruption et gouvernance : le poids réel des violations des droits sociaux en Haïti

C'est ce prix concret, vécu au quotidien par des milliers d'entrepreneurs et de familles, que Le National met en lumière dans son analyse sur la corruption, la gouvernance publique et la violation…

Corruption et gouvernance : le poids réel des violations des droits sociaux en Haïti

Pour une vendeuse de riz qui transporte son sac sur la route nationale 2, chaque dollar de péage informel soustrait une ligne au panier de la ménagère. C'est ce prix concret, vécu au quotidien par des milliers d'entrepreneurs et de familles, que Le National met en lumière dans son analyse sur la corruption, la gouvernance publique et la violation des droits économiques et sociaux en Haïti. Derrière les grands textes signés à New York ou à San José, c'est la trésorerie du petit commerce qui finit par payer l'addition.

Le texte dit une chose, la rue en montre une autre

Haïti a bâti, depuis des décennies, un véritable arsenal juridique autour des droits économiques, sociaux et culturels. Le pays a ratifié la Déclaration universelle des droits de l'homme, le PIDESC, plusieurs conventions de l'OIT, les accords sur le droit à l'éducation et au logement, ainsi que des instruments régionaux comme le Pacte de San José. La Constitution de 1987 elle-même, dans ses articles 19 à 35, garantit ces droits sur le papier.

Pourtant, quand nous descendons sur le terrain, le tableau est radicalement différent. D'après les chiffres relayés par Le National:

Cette fracture entre le droit écrit et la vie réelle n'est pas un accident: elle porte un nom précis, la corruption, que Le National place au cœur de la crise.

Ce qui verrouille nos étals et nos routes

La corruption ne se limite pas aux pots-de-vin dans un bureau ministériel. Pour nous qui tenons un commerce, une petite exploitation ou une activité de transport, elle se traduit par des structures qui étouffent la concurrence et verrouillent les prix. Le site Rezo Nòdwès décrit précisément ce verrouillage:

  • Le transport, le carburant, les télécommunications et l'importation alimentaire sont concentrés entre quelques acteurs privés.
  • Sur la Route nationale 2, des groupes armés imposent des péages illégaux aux camions et aux voyageurs, ce qui isole le Grand Sud et rend le transport maritime quasi obligatoire, souvent dominé par un petit cercle d'opérateurs.
  • Dans les télécoms, Digicel et Natcom se partagent l'essentiel du marché mobile et de la fibre, ce qui maintient des tarifs élevés au regard de la qualité de service.
  • Dans l'aérien intérieur, Sunrise Airways, liée à Philippe Bayard, occupe une position dominante sur des liaisons régionales stratégiques.

Résultat: chaque maillon de la chaîne — du sac de riz au coup de téléphone, du billet d'avion au trajet en camion — subit une marge captée par un petit nombre, au détriment du petit opérateur et du consommateur final.

Du constat au passage à l'acte

Si vous gérez une petite entreprise, la première chose à faire n'est pas d'attendre un grand procès anticorruption: c'est de cartographier vos dépendances. Listez vos trois plus gros postes de coût, identifiez s'ils passent par un monopole ou une route sous contrôle, puis cherchez une alternative, même partielle — circuit court, groupement d'achat entre voisins, stockage à risque partagé. Ces gestes ne remplacent pas la réforme publique, mais ils préservent votre capital d'amorçage pendant que le débat institutionnel avance.

Du côté institutionnel, deux autres publications — Vant Bèf Info et Le Nouvelliste — appellent cette semaine le gouvernement à répondre de ses responsabilités face à la corruption. Nous, entrepreneurs, devons soutenir ces exigences d'une seule voix, parce que la justice économique commence par la concurrence réelle, la sécurité des routes et la fin de l'impunité.