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L'ODFH face à l'urgence : documenter les violences de genre en Haïti

L'Observatoire des Droits des Femmes Haïtiennes (ODFH) substitue à l'indignation ponctuelle un travail continu de présence, d'écoute et de documentation.

L'ODFH face à l'urgence : documenter les violences de genre en Haïti

1,47 million de déplacés internes, 5 500 cas de violence basée sur le genre au premier semestre 2026 — l'observatoire comme méthode

Le pari est institutionnel: produire une connaissance fiable là où les enquêtes internationales restent ponctuelles et centrées sur les zones les plus médiatisées. L'enjeu se mesure désormais à l'échelle du pays tout entier.

Un cadre structurel nouveau, un déficit de réponse à la hauteur

Près de 1,47 million de personnes sont déplacées à l'intérieur du pays, un record absolu selon l'Organisation internationale pour les migrations, qui souligne que la violence « n'est plus circonscrite » mais gagne en continu de nouveaux territoires, urbains comme ruraux. Environ 790 000 de ces déplacés — plus de la moitié — sont des femmes et des filles, contraintes de reconstruire une existence dans des sites de fortune où l'absence de séparation entre toilettes, l'absence d'éclairage nocturne et la promiscuité deviennent, de fait, des facteurs de risque supplémentaires.

Sur le seul premier semestre 2026, plus de 5 500 cas de violence basée sur le genre ont été recensés en Haïti — un volume qui représente déjà près de 70 % du total enregistré sur l'ensemble de 2025. Selon ONU Femmes, les viols constituent plus de sept signalements sur dix. L'organisation évoque l'apparition de pratiques inédites: l'utilisation de la vidéo et des technologies numériques par certains agresseurs pour documenter leurs actes à des fins d'extorsion ou d'humiliation supplémentaire des victimes.

La crise migratoire régionale ajoute une strate supplémentaire de vulnérabilité: plus de 140 000 personnes ont été renvoyées de force en Haïti entre janvier et juin 2026, souvent sans papiers ni ressources, parmi lesquelles de nombreuses femmes et enfants.

L'observatoire comme levier, les maisons des femmes comme premier test

L'ODFH n'agit pas en structure d'intervention directe ni en opérateur humanitaire. Sa vocation première est la production continue de données — un rôle rendu nécessaire par l'asymétrie entre l'ampleur documentée des violences et la faiblesse des dispositifs publics de prise en charge. L'ouverture, en 2026, des toutes premières « maisons des femmes » du pays, portée par le ministère de la Protection sociale et des Droits des femmes avec l'appui d'ONU Femmes, constitue une avancée réelle — mais aussi, en creux, la preuve qu'un dispositif structuré n'existait pas jusqu'ici à l'échelle nécessaire.

Trois points méritent un suivi rapproché. Premièrement, la publication par l'ODFH de séries chronologiques propres, distinctes des estimations internationales, permettra de mesurer si la trajectoire des violences se modifie ou se prolonge au second semestre 2026. Deuxièmement, la généralisation éventuelle des maisons des femmes au-delà des sites pilotes dira si l'État haïtien traite ce dossier comme une politique publique durable ou comme un projet isolé. Troisièmement, l'articulation entre les données de l'observatoire et les procédures judiciaires — dépôts de plainte, suites données — déterminera si la documentation produit autre chose que de la statistique.

Pour l'heure, la méthode fait défaut à l'édifice. Elle ne le remplace pas.