Haïti fixe le calendrier de ses premières élections nationales depuis 2016
Le Conseil Électoral Provisoire (CEP) a fixé au 13 décembre 2026 le premier tour de l'élection présidentielle et des législatives en Haïti. Le second tour, couplé aux scrutins locaux et régionaux, est programmé au 21 février 2027.

L'annonce, publiée lundi, acte la première échéance électorale nationale depuis 2016 et le premier scrutin présidentiel depuis l'assassinat de Jovenel Moïse en juillet 2021.
Un calendrier sous conditions
Le CEP a subordonné l'exécution du calendrier à deux paramètres explicites: un « environnement sécuritaire acceptable » et la disponibilité des ressources financières nécessaires au processus. La formulation ne lève pas la contrainte — elle l'institutionnalise. Depuis l'assassinat de Moïse, ces deux leviers ont systématiquement bloqué toute séquence électorale: sans reconstitution d'un périmètre de sécurité autour des bureaux de vote, et sans budget dédié, le scrutin reste inopérant. Le document rendu public n'apporte pas de réponse opérationnelle aux deux verrous; il en reporte la résolution à une étape ultérieure.
L'asymétrie structurelle
Haïti n'a pas organisé d'élections nationales complètes depuis le scrutin de 2016. Depuis l'assassinat de Moïse, le pays ne dispose pas d'un président élu; un Conseil de transition et un gouvernement dirigé par un Premier ministre assurent la continuité formelle de l'appareil d'État. Selon les organisations internationales citées par la presse, environ 90 % de Port-au-Prince échappe au contrôle étatique, sous l'emprise de groupes armés. L'annonce d'un scrutin ne dissout pas cette asymétrie: elle la contraint dans un agenda précis, sans en modifier les paramètres structurels.
Ce qu'il faut observer
Trois indicateurs conditionnent la tenue effective du scrutin de décembre. Premièrement, la mobilisation des forces de sécurité — nationales et appuyées par la mission multinationale — dans les zones tenues par les groupes armés, en particulier à Port-au-Prince et dans les départements sous contrôle armé. Deuxièmement, le déblocage du financement, interne et via les partenaires bilatéraux et multilatéraux mobilisés sur le dossier haïtien. Troisièmement, la publication par le CEP du cadre juridique et opérationnel: liste électorale révisée, cartographie des bureaux de vote, calendrier technique des opérations. Sans progression mesurable sur ces trois leviers d'ici l'automne, le 13 décembre demeure une date programmatique, non un rendez-vous opérationnel.